BNU

Imprimer

Septembre 2012 : André Weckmann : la longue route a pris fin

Il y a quelques semaines encore, son imposante silhouette arpentait les couloirs de la BNU, quelques semaines seulement, avant que les Dernières Nouvelles d'Alsace ne placent sa photo à la une  pour signifier la mort de l'écrivain alsacien.

André WeckmannAndré Weckmann


« La longue route », titre de l'exposition consacrée à André Weckmann à la BNU en 2007, a donc pris fin le 29 juillet dernier. L'ancien Malgré nous et résistant, l'auteur des Nuits de Fastov et d'une douzaine d'autres romans, le poète aux trois langues, l'écrivain et pédagogue engagé dans la défense du bilinguisme a peut-être trouvé une réponse à la question laissée en suspens dans son texte L'aubépine : « Le paradis... si on savait exactement, hein, dit-il. Mais on ne sait pas et comme on ne sait pas, on s'imagine un paradis à sa mesure ». Le paradis... Un autre écrivain de sa génération, Milan Kundera, l'a évoqué dans L'immortalité, en faisant dialoguer deux autres écrivains sans frontières : Hemingway et Goethe. L'un et l'autre, tout en se remémorant leurs vies et leurs œuvres, se désolent de voir les premières éclipser les secondes... L'Histoire dira ce que l'on retiendra de la figure d'André Weckmann mais aujourd'hui, l'on imagine aisément ce qu'il a fallu de travail, d'acharnement, pour que, page après page, son œuvre multiforme prenne corps. Adrien Finck écrit pour son ami André Weckmann : « Être poète signifie peut-être tout simplement aller jusqu'au bout de sa propre langue et du courage de la parler... et ne se taire que si la langue n'a plus besoin de nous ». Écrire... jusqu'au moment où la vie ne tient plus qu'à un cri :



E SCHREJ
esch s letscht
wàs dr ewri blît
vor àss de s schnüfe ufstecksch
wann de di làngs àm rhin ànnestrecksch
un d vogese di
met roschtigem läub züedecke
e schrej

UN CRI
il ne restera plus
que lui
lorsqu'avant ton dernier souffle
te te coucheras le long du Rhin
et que les Vosges te recouvriront
de feuilles mortes
un cri

EIN SCHREI
das ist alles
was dir übrigbleibt
beim letzten Atemzug
wenn du dich am Rhein hinstreckst
und die Vogesen dich
mit rostigem Laub zudecken
ein Schrei

            André Weckmann, De Schrej/Le Cri/Der Schrei, Poèmes des années 1972-1980,
        Édition complète des œuvres poétiques, Oberlin, 2000

André Weckmann, Le criAndré Weckmann, Le cri

Share this