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Juin 2014 : Un très rare exemplaire du second numéro de la revue Arc

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le peintre Henri Solveen fut l’un des fers de lance du renouveau culturel et artistique en Alsace.  Défenseur de l’idée d’une Alsace terre de médiation entre les cultures, il militait aux côtés de René Schickele et d’autres pour promouvoir le bilinguisme et la réconciliation franco-allemande dans une perspective européenne.

L’Arc, anthologie, StrasbourgL’Arc, anthologie, Strasbourg

En fondant l’association Arc en 1924, Solveen poursuit cet objectif. Il offre alors une tribune aux artistes alsaciens et lorrains s’exprimant en français, en allemand ou en alsacien afin « qu’un jour le pont qui rapproche à jamais deux cultures voisines, s’achève par-dessus [ces] deux provinces ». Il parvient à publier une première anthologie de l’Arc en 1924. Elle rassemble, entre autres, des textes de René Schickele, d’Ivan Goll ou de Nathan Katz, illustrés par René Beeh, Jacques Gachot, Gustave Stoskopf ou Henri Solveen lui-même. Ce premier numéro, remarqué pour sa qualité artistique indéniable, obtient la médaille d’or lors de l’Exposition des arts décoratifs de Paris en 1925. Cependant cet essor artistique fut ralenti par le contexte politique de la fin des années 1920 dans la région.

L’Arc, anthologie, StrasbourgL’Arc, anthologie, Strasbourg

Accusé de propager les idées autonomistes en Alsace, Solveen se trouva sur le banc des accusés lors du procès de Colmar en 1928, avant d’être acquitté. Ces péripéties judiciaires retardèrent la parution d’un second tome de l’Arc qui vit néanmoins le jour en 1932. Solveen fut cette fois victime de son imprimeur, Alsatia, spécialisé dans l’édition catholique, à la lecture de certains textes jugés incompatibles avec l’esprit de l’entreprise : les 400 volumes produits furent détruits. Seuls deux exemplaires échappèrent à cette censure ; l’un est toujours conservé par la Bibliothèque de l’abbaye de l’Oelenberg, l’autre fut offert à l’homme politique Camille Dahlet en 1943. C’est ce très rare exemplaire portant le numéro 2 qui a été acheté en 2002 par la BNU pour ses collections alsatiques. Il porte toujours les marques de crayon rouge barrant les textes jugés contraires aux bonnes mœurs. Ce volume quasiment inédit offre un remarquable exemple de la vitalité de l’expression artistique de la région ; outre les auteurs cités plus haut, il rassemble des contributions de Jean Arp ou de Jean-Paul de Dadelsen. 

L’Arc, anthologie, StrasbourgL’Arc, anthologie, Strasbourg

Fruit de la volonté de ses fondateurs d’entretenir le dialogue entre les cultures latine et germanique au cœur d’une région nourrie par ces deux influences, l’Arc constitue une contribution majeure à l’émergence d’une forme artistique propre à l’Alsace de l’Entre-deux-guerres.

 

En savoir plus :

L’Arc, anthologie, Strasbourg : les éditions de l’Arc, 1924 

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