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Août 2016 : À la découverte de L'Enfer de Dante, avec les dessins de Gustave Doré

L’Enfer n’est que le premier volet du triptyque de la Divine comédie, le chef- d’œuvre de Dante qui illustre le récit d’un voyage qui aurait conduit l’écrivain au purgatoire, puis au paradis. Il est la description minutieuse du gouffre que provoqua la chute de Satan s’enfonçant au centre de la terre. Ce texte, devenu un livre en soi, a suscité du 14e au 21e siècle des commentaires, des illustrations, des dérives poétiques, des films et même des sites internet. On ne compte plus les traductions en français : Rivarol, Artaud de Montor, Brizeux, Lamennais, Mesnard, entre autres, en ont donné leur version. Grangier, Terrasson, Deschamps, Aroux, Ratisbonne l’ont mis en vers.

À la découverte de L'Enfer de Dante, avec les dessins de Gustave DoréÀ la découverte de L'Enfer de Dante, avec les dessins de Gustave Doré

C’est la version de Fiorentino (1840), dans laquelle il avait découvert le texte, que Gustave Doré choisit d’illustrer.

En effet, souffrant du mépris observé envers la caricature et le dessin d'actualité, Gustave Doré souhaitait déployer son talent dans l'illustration des grandes œuvres de la littérature. Faisant la liste d’une trentaine de chefs-d'œuvre, dans tous les genres, de sa bibliothèque idéale (Dante, Perrault, Cervantès, Homère, Virgile, Aristote, Milton ou Shakespeare), il se lance dans la réalisation d’une bibliothèque mondiale illustrée. C’est en 1861, après avoir illustré des œuvres de Shakespeare, Balzac et Rabelais que Doré entreprend de s’attaquer à L’Enfer, s’inscrivant ainsi dans une longue tradition (avant lui, Botticelli, Delacroix, Füssli, Ingres, Girodet, Flandrin, Blake et Flaxman s’y étaient déjà risqués).

À la découverte de L'Enfer de Dante, avec les dessins de Gustave DoréÀ la découverte de L'Enfer de Dante, avec les dessins de Gustave Doré

Du fait du refus des éditeurs de publier une publication luxueuse d'un trop grand coût (ce gros livre recouvert de percaline rouge coûte 100 francs – soit l’équivalent du salaire mensuel d’un ouvrier), Gustave Doré choisit de s’auto-publier. Il prend en charge le coût des lithographies, les salaires des graveurs, le papier et l’impression. Le premier volet de La Divine comédie sort donc dans les librairies, enrichi de soixante-quinze gravures sur bois tirées des dessins au lavis et à la gouache que Doré a réalisés. C’est un énorme succès, et l’exemplaire que la BNU possède est d’ailleurs la cinquième édition. Ce succès, critique et populaire, salue des gravures saisissantes enrichissant le texte. Lorédan Larchey, critique d’art renommé, affirmera même : « Plus que Dante illustré par Doré, c'est Doré illustré par Dante ». Dans ces gravures, on retrouve l’imagerie du paysage romantique : blocs de rochers effrayants, mer de glace funèbre, éruptions volcaniques, ruines et gouffres. Gustave Doré y multiplie les points de vue, en plongée, contre-plongée, plans panoramiques ou frontaux avec une recherche d'efficacité maximale de l'image.

L’Enfer est un sujet qui l’intéressait réellement, puisque la même année que la sortie de l’ouvrage, il réalise une toile monumentale intitulée Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'Enfer. Ce tableau restera accroché jusqu’à la mort du peintre dans son salon, rue saint Dominique à Paris.

Christophe Cassiau-Haurie

 

En savoir plus

À la découverte de L'Enfer de Dante, avec les dessins de Gustave Doré (traduction française de Pier Angelo Fiorentino, accompagnée du texte italien, 1861. Cote R.267)

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