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Avril 2012 : Poèmes légendaires de Flandre et de Brabant par Émile Verhaeren

Publié le 4 novembre 1916, « cent vingt et unième jour de la victoire de la Somme », ce recueil de poèmes du célèbre poète symboliste belge Émile Verhaeren fut l'ultime ouvrage que ce dernier fit paraître de son vivant. Quelques jours plus tard, le 27 novembre, au lendemain d'une conférence donnée à Rouen pour l'inauguration d'une exposition de peintres belges, Verhaeren se tua accidentellement sous les roues du train qui devait le ramener à Paris. L'émotion fut vive, dans l'Europe entière, à la mesure de la renommée internationale qui était alors celle du poète. La France offrit le Panthéon, mais c'est à Saint-Amand, son lieu de naissance, que Verhaeren fut enterré, en présence du roi et de la reine de Belges.

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Verhaeren est alors à l'apogée de sa gloire. Depuis plusieurs années déjà, il fait l'objet dans toute l'Europe d'un véritable culte, reconnu partout comme l'un des plus grands poètes du temps. Il a tissé des relations d'amitié avec certains des plus grands écrivains et peintres du début du siècle : Gide, Mallarmé, Rilke, Zweig, Maeterlinck, Seurat, Degas, Signac, Rodin etc. Il est traduit, commenté, reçu et honoré dans le monde entier, pressenti pour le prix Nobel de littérature en 1911, l'année même où son compatriote Maurice Maeterlinck sera consacré. Dans les années d'avant-guerre, il est ainsi le symbole d'une Europe des lettres et des arts que fera voler en éclats le conflit mondial. Longtemps très attaché à la culture allemande, ami de Rilke et du jeune Stefan Zweig – qu'il reçut plusieurs fois chez lui –, Verhaeren vécut comme une trahison l'entrée en guerre de l'Allemagne et l'invasion de la Belgique, qui venaient ruiner ses rêves de concorde internationale. De ce jour, son amour et son idéalisme se changèrent en indignation, puis en une haine farouche qui s'exprima dans La Belgique sanglante, et dont le pendant fut un amour renouvelé et ardent pour sa Flandre natale. De 1914 à 1916, Verhaeren, réfugié en Angleterre, publia ainsi plusieurs « livres de guerre » (La Belgique Sanglante, Parmi les cendres, Les Ailes rouges de la guerre) et donna de nombreuses conférences, partout en Europe, pour dénoncer l'agression allemande et appeler à l'amitié entre la France, la Belgique et le Royaume Uni.

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Illustré de gravures sur bois du jeune Raoul Dufy, le recueil Poèmes légendaires de Flandres et de Brabant est l'un des tout premiers ouvrages publiés par la Société littéraire de France, fondée en 1916 par Léo Crozet (futur bibliothécaire à la Bibliothèque nationale de France), François Legris et l'écrivain suisse Guy de Pourtalès. Il s'agit en réalité de la réédition (en tirage limité et numéroté) des Petites légendes, publiées par Verhaeren en 1900, dans lesquelles il chantait son amour des paysages et des légendes populaires de cette Flandre natale que l'agresseur allemand met désormais en péril. Aussi le poète y a-t-il ajouté une dédicace, qui éclaire ces hymnes d'un jour nouveau :

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« Avec ferveur je te dédie, ô Flandre,
Ces vers
Où ton passé scintille encor
Comme un amas de braises d'or,
Parmi les cendres.
Ces vers
Sombres ou clairs,
Je les rimai jadis en des saisons jolies,
Où l'existence était pour tous une embellie,
Où l'on ne pouvait croire, où l'on ne croyait pas
Qu'un jour pour te broyer sous son poids, l'Allemagne
Ferait crouler sur toi l'innombrable montagne
Et les masses successives de ses soldats. »



Émile Verhaeren : Poèmes légendaires de Flandre et de Brabant. Ornés de bois gravés par Raoul Dufy. Exemplaire n° 4323. Paris : Société littéraire de France, 1916.

Julien Collonges.

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