BNU

Imprimer

Décembre 2011 : L'Evangéliaire de Peresopnitza

Evangéliaire de Peresopnitza, 1556-1561, fac-similé de 2008.
482 feuillets dont 9 feuillets enluminés, reliure en cuir avec éléments d'ornement métallique argenté.
Le volume pèse 9 kilos et porte la cote R.305.


Evangéliaire de PeresopnitzaEvangéliaire de Peresopnitza


L'Evangéliaire de Peresopnitza est la première traduction connue en ancien ukrainien du texte canonique des Evangiles. Il est devenu à ce titre un symbole national et mémoriel de la nation ukrainienne.
Ce manuscrit sur parchemin richement orné a été réalisé entre 1556 et 1561 dans l'actuelle Ukraine, dans le monastère de Dvints puis dans celui de Peresopnïtza.
Trois noms sont connus : la princesse Anastasia Zaslavskaia, qui l'a commandé et financé, Mikhaïl Vassilevitch, le copiste, à qui l'on attribue également la traduction, et l'archimandrite Grigori qui l'a supervisé.
L'édition d'un fac-similé en 2008 est le fruit d'une collaboration entre l'Eglise orthodoxe ukrainienne et l'Institut de la langue ukrainienne auprès de l'Académie nationale des sciences de l'Ukraine.
Un exemplaire de ce fac-similé a été offert à la BNU par l'Eglise orthodoxe ukrainienne dans le cadre d'une cérémonie qui s'est tenue à Strasbourg le 10 novembre 2011 dans la salle de l'Association parlementaire Européenne. Il a fait l'objet auparavant d'une présentation au Conseil de l'Europe.

 

Ceremonie du 10 novembre 2011 dans la salle de l'Association parlementaire Européenne: L'administrateur de la BNU, M. Albert Poirot, recevant le fac-similé des mains de Monseigneur Philippe Osadtchenko, archevêque de Poltava et Mirgorod.Ceremonie du 10 novembre 2011 dans la salle de l'Association parlementaire Européenne: L'administrateur de la BNU, M. Albert Poirot, recevant le fac-similé des mains de Monseigneur Philippe Osadtchenko, archevêque de Poltava et Mirgorod.

 

Cet ouvrage présente un caractère unique à plus d'un titre, tout d'abord pour l'histoire du livre dans les pays slaves.
Sa facture précieuse (manuscrit sur parchemin) en souligne le caractère sacré. Ses décorations remarquables mêlent les influences de la Renaissance italienne et de la tradition ornementale ukrainienne. Les miniatures richement ornementées (polychromes, dorées) comptent parmi les plus grandes réalisations artistiques de l'école iconographique ukrainienne.
La calligraphie est elle aussi très élaborée, alliant écriture onciale tardive noire et rouge pour le texte et écriture minuscule pour les remarques qui le parcourent (résumés, explications de certains mots).
Sur la reliure en cuir, un décor en métal coulé représente les quatre évangélistes avec leurs attributs selon le même motif que les quatre peintures en pleine page introduisant chacun des évangiles. Le papier choisi pour le fac-similé rappelle le velouté du parchemin original.

 

Feuillets 340v-341r : Début de l'Evangile de Jean. Dans la miniature, Jean l'Evangéliste et l'évêque ProchorusFeuillets 340v-341r : Début de l'Evangile de Jean. Dans la miniature, Jean l'Evangéliste et l'évêque Prochorus


L'Evangéliaire de Peresopnitza est aussi et surtout un document unique pour l'histoire de la langue ukrainienne. Il s'agit de la première traduction de l'Evangile en ukrainien, qui permet alors l'accès à un texte qui n'était diffusé jusque-là qu'en slavon, la langue liturgique de l'Eglise orthodoxe russe. Il contribua fortement à enraciner la langue ukrainienne et la religion orthodoxe dans un contexte d'oppression par la Pologne catholique. Ainsi le lecteur est guidé par des gloses et des traductions en langue vernaculaire et par une introduction s'adressant explicitement à lui. Autre particularité, la phraséologie populaire de la traduction, introduisant le style parlé dans un texte sacré.

 

Feuillet 303R : Remarquer le commentaire inséré dans la traduction et les dessins dans la margeFeuillet 303R : Remarquer le commentaire inséré dans la traduction et les dessins dans la marge


Un trésor hautement symbolique pour l'Ukraine, un cadeau significatif pour l'Europe : l'Evangéliaire de Peresopnitza, déposé depuis 1947 à la Bibliothèque nationale d'Ukraine, constitue l'un des symboles de la nation ukrainienne. Depuis l'indépendance de l'Ukraine en 1991, les chefs de l'Etat prêtent serment sur cet évangéliaire lors de leur prise de fonction.
La BNU est la première bibliothèque française à en posséder le fac-similé (dont il existe 1 000 exemplaires) "pour qu'au centre de l'Europe on puisse toujours avoir l'occasion de prendre connaissance de ce trésor de la culture ukrainienne" (hégoumène Philippe Ryabykh, représentant du patriarcat de Moscou à Strasbourg). Ce don est donc reçu comme un symbole de rapprochement entre l'est et l'ouest de l'Europe et un rappel de leurs racines chrétiennes communes. Il complétera de façon pertinente les collections de la BNU, en particulier son riche fonds de sciences religieuses, sa réserve des documents précieux et son fonds slave.

Madeleine Zeller et Dmitry Kudryashov

Share this