BNU

Une édition originale des Canti de Giacomo Leopardi

La BNU n'est pas une « bibliothèque italienne » de même ampleur qu'elle peut s'enorgueillir d'être une « bibliothèque allemande » : Strasbourg est, de ce point de vue aussi, plus loin des Alpes qu'elle ne l'est de la Forêt-Noire. Pourtant, dans la constitution encyclopédique de ses fonds, l'aire culturelle italienne n'a pas été oubliée, loin de là. Son fonds Dante, acquis par le juriste et bibliophile Karl Witte et acheté par la bibliothèque à sa mort, comprenant près de 1 000 références anciennes et précieuses, fait autorité. L'ouvrage le plus ancien, l'édition de Vendelin de Spire de la Divine comédie de 1477, n'est guère éloigné chronologiquement de la plus ancienne version imprimée de l'œuvre en 1472. Sans atteindre un niveau de cet ordre, un autre auteur canonique des lettres italiennes, Boccace, n'est pas trop mal servi non plus : six éditions incunables, parfois illustrées, et quatorze éditions prestigieuses anciennes, conservées dans la réserve des livres rares, attestent des volontés de nos prédécesseurs d'offrir aux chercheurs alsaciens un socle italien solide.

Page de couverture : edition originale des canti de Giacomo LeopardiPage de couverture : edition originale des canti de Giacomo Leopardi

Ces quelques mots introductifs pour dire sur quelles bases s'ancrent les acquisitions littéraires du XIXe siècle. Avec 3 802 titres de langue et de littérature italiennes imprimés entre 1800 et 1918, le fonds est loin d'être négligeable et il est de toute façon unique à Strasbourg. Dans cet ensemble, les romantiques occupent une bonne place : ainsi Giovanni Berchet dont nous avons les deux éditions de 1826 de ses Poésies ou encore Lodovico di Breme avec les Osservazioni sur une traduction de Byron par Pellegrino Rossi (parues en 1818). Sans en avoir, hélas, l'édition originale, nous possédons malgré tout une édition de 1839 des Prigioni de Silvio Pellico. Par contre, c'est bien l'édition originale des Canti, l'oeuvre maîtresse de Leopardi, dont nous pouvons nous enorgueillir (Florence, 1831). Elle fait partie des 32 éditions du poète parues au cours du XIXe siècle que la BNU possède aujourd'hui, la plupart en langue originale. On note ainsi l'édition de Florence des œuvres complètes parues en 1845-46. Parmi les curiosités qui rappellent la place singulière de la BNU dans le paysage français des bibliothèques, notons aussi la présence d'une des premières traductions allemandes des poésies de Leopardi, celle éditée par Brockhaus en 1837. Elle fut offerte à la BNU par l'éditeur lui-même, lors de la collecte de dons qui survint en Europe à l'occasion de la reconstruction de la bibliothèque de Strasbourg. Et le traducteur, Karl Ludwig Kannegiesser, dédia à l'époque son travail à son maître en lettres italiennes, qui n'était autre que... Karl Witte, déjà cité plus haut et dont nous possédons le fonds Dante. Les hasards de la circulation des livres sont quelquefois bien curieux, ou bien prédestinés, comme on voudra.

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De Leopardi, esprit européen adepte de Schiller, de Byron mais qui possédait aussi ses anciens, la bibliothèque possède une autre curiosité, l'édition originale d'une traduction de l'Art poétique d'Horace faite par le poète à 13 ans, et dont son neveu autorisa la publication en 1869.
Ajoutons en passant que Leopardi figure en excellente compagnie, puisqu'à côté de l'édition originale de son œuvre maîtresse, la BNU possède aussi l'édition originale du pendant romanesque, pour le romantisme italien, de ce qu'est la poésie de Leopardi : les Promessi sposi de Manzoni dans l'édition milanaise de 1825.
Pour les éditions modernes, celles du XXe siècle, la BNU possède 47 titres de Leopardi, mettant son point d'honneur à acquérir les traductions françaises qu'on en fait. Mais elle achète aussi en langue originale, rendant par là un vrai service aux amateurs de littérature, puisque les études qui ont été faites sur la répartition des acquisitions sur le site de Strasbourg montrent qu'elle est quasiment seule sur ce créneau. On l'aura compris, elle poursuit ainsi une tradition engagée depuis sa fondation et qui concerne bien évidemment aussi la littérature contemporaine – les Leopardi et Manzoni de demain.

CantiCanti

En 1998, lors du bicentenaire de la naissance du poète, la BNU s'était associée à l'Institut culturel italien et avait présenté deux vitrines d'éditions d'époque, dont les fleurons étaient bien évidemment les Canti de 1831 et les Promessi sposi de 1825. Au moment où sort une nouvelle traduction des Chants par René de Ceccaty, il n'était pas inutile de rappeler la dimension italienne, moins connue que la dimension allemande, de la BNU.

Christophe Didier
Directeur du développement des collections

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