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Février 2012 : La littérature pour enfants à la BNU

La BNU possède un important fonds de pédagogie (plus de 16 000 titres entrés avant 1920), qui contient notamment des manuels scolaires ou des traités de pédagogie. On y trouve également 664 livres pour enfants. Longtemps, la littérature pour enfants a eu pour objectif principal non pas la distraction ou le loisir, mais l'éducation morale de la jeunesse. Dès le plus jeune âge, on tentait d'inculquer les valeurs jugées indispensables à l'adulte en devenir, au futur « honnête homme ». Le XVIIIème siècle vit ainsi fleurir les histoires édifiantes, publiées notamment dans la revue Le Magazin des enfans de Marie Leprince de Beaumont (Cote B.129.086), écrivain à qui l'on doit aussi de nombreux contes comme sa version de La belle et la bête (1757), première adaptation en français de ce conte à avoir rencontré un véritable succès. De par la richesse de ses fonds allemands, la BNU permet une mise en parallèle des productions française et allemande. Ainsi, à la même époque, Joachim Heinrich Campe (1746-1818), écrivain, linguiste et pédagogue dont les principes d'éducation philanthropinistes s'inspirent de ceux de Basedow, fit paraître plusieurs récits d'aventures éducatifs : citons Robinson der Jüngere. Ein Lesebuch für Kinder (1779-1780) (Robinson Crusoé en dialogues, Cote B.127.303), Die Entdeckung von Amerika (1781) (La découverte de l'Amérique) ou encore Theophron, oder der erfahrne Rathgeber für die unerfahrne Jugend (1783) (Théophron ou le guide des jeunes gens, Cote B.127.319,1 et B.127.319,2 ). J. H. Campe fut en son temps le plus célèbre représentant de la littérature allemande pour la jeunesse. L'émergence des études sur le genre (gender studies) rend ces ouvrages d'autant plus intéressants pour qui veut suivre l'évolution de la représentation du genre dans la littérature pour la jeunesse (des contes de fées en passant par la « Bibliothèque rose » jusqu'aux mangas shôjo pour les filles, des récits d'aventure à la « Bibliothèque verte » jusqu'aux mangas shônen pour les garçons)

Robinson der JungereRobinson der Jungere


Les ouvrages de morale à destination de la jeunesse sont également un reflet de l'histoire de leur pays, et des idées politiques de leurs auteurs. Les années suivant la Révolution française ont ainsi vu prospérer ce qu'on appelle les « catéchismes révolutionnaires », manuels destinés à l'éducation des futurs citoyens. La BNU possède ainsi la deuxième édition du Livre indispensable aux enfants de la liberté (Cote B.127.383), publié en l'an II (1793-1794), dont les auteurs sont Dusausoir et Génin. Membre de la Convention, Jean-François Génin (1765-1838) était député du Mont-Blanc. L'ouvrage en question est d'ailleurs cité par les frères Goncourt dans leur Histoire de la société française pendant la Révolution (Paris : Dentu, 1854). On y enjoint l'enfant à faire appel à la Raison, « qui est pour l'âme ce que le soleil est pour le corps », et on y fait référence à « l'Être suprême », notions chères aux Révolutionnaires et inspirées par les Lumières. A la même époque, les nobles exilés un peu partout en Europe font paraître le même type d'ouvrages de morale, véhiculant des idéaux opposés. Ainsi la comtesse de Genlis (1746-1830), ancienne gouvernante de Louis-Philippe, publie en 1798, alors qu'elle est réfugiée en Allemagne pour fuir la Terreur, Les petits émigrés ou Correspondance de quelques enfans (La BNU possède la quatrième édition, datée de 1808 : cote B.127.449), roman épistolaire où la religion occupe la première place dans les études et où l'un des protagonistes lit « tous les jours une heure des saintes écritures ». L'ennemi de ces enfants est clairement identifié : il s'agit des Républicains, qui « n'ont aucune religion ».

Livre indispensable aux enfants de la libertéLivre indispensable aux enfants de la liberté


Quel que soit le public auquel ils s'adressaient (garçons ou filles, enfants de nobles ou de révolutionnaires), les ouvrages pour la jeunesse visaient tous à l'apprentissage de valeurs et qualités morales. Derrière des idéologies et des moyens différents (référence à l'Être suprême ou à Dieu), le but restait le même : l'éducation morale des enfants.

Agnès Calza.

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