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Juillet 2012 : Goethe dans les fonds de la BNU : une ombre tutélaire

Incontournable, la figure de Goethe plane sur l'histoire des lettres allemandes et domine assez logiquement le fonds ancien de la BNU depuis sa création. La place qui lui est réservée est unique avec plus de 2250 ouvrages (dont une centaine date du 18e siècle). Ces titres sont pour 90% en allemand et plus de la moitié correspondent à des études secondaires du XIXe siècle. Parmi les thèmes évoqués, on trouve des études sur sa vie, son entourage, la place de son oeuvre dans les courants littéraires, philosophiques et scientifiques de son temps, sa langue et sa réception, son culte au travers des mémoriaux, des jours anniversaires, des expositions, des musées et des sociétés Goethe. Une trentaine de gravures illustrent également les grandes étapes de son parcours : du jeune poète favori des Muses à l'écrivain d'âge mûr, dominant par son oeuvre le monde littéraire d'un siècle, appelé aujourd'hui par un raccourci saisissant le Goethezeit.

Médaillon Goethe de la façade de la BNUMédaillon Goethe de la façade de la BNU

Les manuscrits et autographes de Goethe

La BNU participe elle-même pleinement de cette mémoire par l’achat de plusieurs manuscrits appartenant à l'origine au baron von Stein-Kochberg. Elle possède donc aujourd'hui des manuscrits précieux : les Ephémérides, notes rédigées comme un journal pendant sa période strasbourgeoise de janvier 1770 à décembre 1771, des chansons populaires écrites de la main de Goethe (Im Elsass gesammelte Volkslieder) qui les avait alors répertoriées pour son ami Herder. Mentionnons aussi le manuscrit original d’un poème dramatique, le Prometheus, sans oublier le manuscrit d'un autre poème Zurchseefahrt, composé lors d'une excursion en Suisse en 1775 et offert à une jeune fille dont il était amoureux, Anne-Elisabeth Schönemann dite Lili. La jeune fille deviendra l'épouse de Bernard-Frédéric de Turckheim ce qui explique la présence de ce manuscrit dans le fonds de Turckheim, déposé et conservé à la BNU. La bibliothèque possède également un ensemble de lettres de Goethe parmi lesquelles on trouve notamment sa première lettre adressée à Frédérique Brion et datée du 15 octobre 1770. C'est aujourd'hui la seule trace qui subsiste de leur correspondance.

Goethe, Johnann Wolfgang, /Prometheus/, manuscrit original, papier, reliure parchemin, 17 pages.Goethe, Johnann Wolfgang, /Prometheus/, manuscrit original, papier, reliure parchemin, 17 pages.

Goethe et l'Alsace

Un des points forts des collections concerne tout naturellement la période strasbourgeoise de Goethe partagée entre Strasbourg et Sessenheim, ainsi que ses relations avec son ami alsacien H. L. Wagner, sans oublier Frédérique Brion. Goethe menait également parallèlement aux lettres sa carrière de juriste. En témoignent notamment les Positiones Juris quas publice defendet J. W.Goethe conservées dans les collections de la BNU (Strasbourg, chez Heitz, 1771).

Les oeuvres complètes et les éditions rares

La bibliothèque possède entre autres les oeuvres complètes du poète en 65 volumes publiées à Stuttgart entre 1828 et 1833 : Goethes Werke. Vollständige Ausgabe letzter Hand, considérées par Goethe comme « la chose la plus importante de ma vie », sa « grande affaire ». Il ne s'agissait en effet de rien moins que d'offrir à ses contemporains et à la postérité une oeuvre achevée, corrigée, présentée dans l'ordre et la forme souhaitées par l'auteur. Goethe avait même imaginé d'interdire les rééditions afin d'éviter qu'apparaissent de nouvelles erreurs. Pour lui, cette édition avait valeur de testament et, comme il l'écrit dans une lettre à son éditeur Cotta en novembre 1825, constituait même une « affaire nationale ». Mais il faut aussi citer les Goethes Werke commanditées par l’archiduchesse Sophie de Saxe (133 volumes, Weimar, 1887) et les Oeuvres complètes du jubilé (Stuttgart, 1902 et s.). Les Goethes Schriften remontent quant à eux au 18e siècle (Berlin, 1775 ; Carlsruhe, 1778 ; Leipzig, Göschen, 1787-1791). Les fonds conservent également une abondante collection d'une partie moins connue de l'oeuvre de Goethe : les pièces, chantées ou non, comme Claudina (Berlin, 1776) ou Erwin und Elmire (Francfort, 1775). Chacune des grandes périodes d’inspiration littéraire de Goethe est parfaitement illustrée. Sa participation au « Sturm und Drang », dont Strasbourg fut l’un des phares, est illustrée par des éditions rares. Stella est conservée dans son édition berlinoise de 1776, Clavigo dans une édition de Leipzig en 1777. La bibliothèque possède aussi l’édition princeps du Götz von Berlichingen mit der eisernen Hand (1773), de même que les 2e et 3e éditions francfortoises de 1774 et 1775. Les Leiden des jungen Werthers figurent dans la première édition de Leipzig (1774), et dans diverses éditions de 1775 (Strasbourg, Leipzig, Berne).

Goethe, Wolfgang,/Die Leiden des jungen Werthers/, Leipzig, Weygand, 1774 : édition originale.Goethe, Wolfgang,/Die Leiden des jungen Werthers/, Leipzig, Weygand, 1774 : édition originale.

Ce livre, que Walter Benjamin qualifie de « plus grand succès littéraire de tous les temps » a marqué une génération entière. On vit ainsi apparaître une mode Werther allant des figurines de Werther en porcelaine à "l'Eau de Werther"! Cette fièvre était non seulement allemande mais européenne comme le montrent les quelques cinquante traductions du roman. L’édition berlinoise de 1775 est présente dans les fonds de la BNU avec l’appareil critique de H. von Breidenbach ou F. Nicolai. Les premières traductions françaises conservées sont également du 18e siècle, à l’image d’une édition des Souffrances du jeune Werther (traduites par le baron von Seckendorff) publiée à Erlangen en 1776 et d’une édition parisienne de 1793.
A son retour d’Italie, Goethe se démarqua du « Sturm und Drang ». Il reste de cette période des pièces comme Egmont (Leipzig, 1788), Torquato Tasso (Leipzig, 1790) ou le roman Wilhelm Meisters Lehrsjahre (Mannheim, 1801). L’épopée Hermann und Dorothea apparaît dans une édition de 1798 et s’accompagne d’une traduction française de 1800 (Strasbourg). Si la bibliothèque possède une édition de 1790 d’Iphigenia auf Tauris (Leipzig) et une traduction anglaise de 1794, c’est une édition plus récente qui vole la vedette à ces deux ouvrages. L’exemplaire imprimé à Weimar pour la fête du 7 novembre 1825 comporte en effet un autographe notable, une dédicace du chancelier von Müller à Cécile de Türckheim. De Faust figurent la première édition de Tübingen chez Cotta en 1808, la seconde de Leipzig en 1809, celles de Stuttgart en 1816 et en 1834 (avec une dédicace autographe de Richard Wagner au comte de Gobineau). Aux éditions postérieures s’ajoutent aussi diverses traductions comme celles de Gérard de Nerval (Paris, 1828) ou du prince A. de Polignac (Paris, 1859).

Goethe, Johann Wolfgang, /Faust/. /Eine Tragödie/, Tübingen, Cotta, 1808 : édition originale.Goethe, Johann Wolfgang, /Faust/. /Eine Tragödie/, Tübingen, Cotta, 1808 : édition originale. Goethe, Johann Wolfgang, /Faust. Une tragédie/, Paris, Dondey-Dupré, 1828 : édition originale et traduction par Gérard de Nerval.Goethe, Johann Wolfgang, /Faust. Une tragédie/, Paris, Dondey-Dupré, 1828 : édition originale et traduction par Gérard de Nerval.

La bibliothèque conserve aussi les écrits communs de Goethe et de Schiller : le Musen-Almanach für das Jahr 1796, les Propyläen (périodique, 1798-1800) ainsi que les Xenien, ces épigrammes rédigées par les deux écrivains contre leurs détracteurs. Les dernières publications de Goethe ne sont pas non plus absentes des fonds de la bibliothèque. Son roman, les Wahlverwandschaften, est présent dans la première édition de Tübingen de 1809 ; le West-östlicher Divan l’est aussi dans celle de Stuttgart en 1819. Les oeuvres autobiographiques sont là également, à l’exemple de Dichtung und Wahrheit (Tübingen 1811-1814) ou de Aus meinem Leben (Stuttgart-Tübingen, 1816-1822). N’oublions pas non plus ses sommes scientifiques comme le Versuch die Metamorphose der Pflanzen zu erklären (Gotha, 1790), Zur Farbenlehre (Tübingen, 1810) ou les Mitteilungen aus der Pflanzenwelt (s.l., 1831).

Aujourd'hui, Goethe ne cesse de fasciner et les études sur son oeuvre sont toujours aussi nombreuses. Les aspects peut-être les moins connus de ses contemporains s'imposent par leur modernité : l'ouverture sur le monde persan du Divan ou sur l'Asie des Chinesisch-deutsche Jahres- und Tageszeiten ou encore la Farbenlehre. La BNU acquiert tout naturellement les oeuvres critiques qui continuent d'interroger une oeuvre aussi riche et protéiforme que moderne et inclassable.

Aude Therstappen.

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