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Novembre 2012 : La revue d'art munichoise Die Kunst für alle

Les périodiques imprimés sont une des richesses de la BNU, depuis sa fondation jusqu'à nos jours où, à côté de l'offre électronique, elle continue à proposer le prêt et la consultation de près de 5 000 titres vivants. Les revues d'art parues autour de 1900 constituent un ensemble particulièrement riche de ce fonds, à la fois par la variété des titres conservés et par l'importance, pour bon nombre d'entre eux, de l'état de collection, qui couvre souvent plusieurs décennies.
La revue d'art Die Kunst für alle, qui parut à Munich de 1885 à 1944, en est un bon exemple. Avec la variété de ses couvertures, où peut se lire un résumé de l'histoire du Jugendstil de cette ville, elle est un témoignage particulièrement précieux de l'évolution des arts graphiques de l'époque, comme de celle des artistes qui s'y sont illustrés. Ce sont quelques-unes de ces couvertures, plus précisément celles qui sont parues entre 1885 et 1914, que nous voudrions rapidement présenter ici. On voit comment l'évolution de la maquette de la revue permet d'assister à l'entrée en scène du Jugendstil et de le voir progressivement s'imposer.

Die Kunst für alleDie Kunst für alle

Jusqu'en 1895, c'est l'historicisme qui prévaut. L'esthétique archaïsante est nettement perceptible dans la couverture de l'année 1890 : le style néo-Renaissance des volutes et entrelacs ornementaux récuse tout modernisme.


Die Kunst für alleDie Kunst für alle Die Kunst für alleDie Kunst für alle

Les deux premières couvertures à scène allégorique, conçues, l'une par le peintre Karl Karger en 1885, l'autre par le peintre et graveur Theodor Knesing en 1887, apparaissent également plus conservatrices qu'innovantes. La figuration allégorique y reste très traditionnelle.
Dans les deux cas, le thème de l'art glorifié y est traité avec emphase : on retrouve la femme-muse, les attributs convenus de la couronne de laurier, de la lyre ou du quadrige solaire ; le geste est déclamatoire, l'apothéose ostentatoire. D'une couverture à l'autre pourtant se dessine une évolution. La représentation discrètement se stylise. Le paysage de la couverture de Karger, typiquement munichois avec ses églises bien identifiables, ainsi que l'enfant-moine (le « Münchner Kindl ») symbole de la ville, ont disparu avec Knesing. Plus d'hirondelle non plus pour symboliser le renouveau mais l'astre solaire qui évoque le culte que lui vouent les mystiques du Jugendstil. L'imagerie populaire et le pittoresque du genre cèdent le pas à une symbolique plus abstraite.


Die Kunst für alleDie Kunst für alle

Un nouveau changement de couverture intervient en 1895. Elle est alors redessinée par le peintre tchèque Vojtech Adalbert Hynais. Le Jugendstil a fait désormais son entrée. L'artiste reprend la figuration de la couverture de 1885 : la muse et l'enfant-artiste avec paysage en arrière-plan. Mais l'esthétique est tout autre. La tendance est au dépouillement ; le décor végétal épouse une composition sobre de courbes ; le caractère gothique simplifie son ornementation. C'est un enfant nu, plus central, qui remplace le « Münchner Kindl ». Ce n'est plus Munich qui est signifié mais l'esprit du Jugendstil.



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C'est encore plus vrai avec la couverture de Kolo Moser, artiste viennois de la Wiener Sezession et des Wiener Werkstätte. Les motifs ornementaux gagnent encore en linéarité. La jeune femme, plus femme que muse, est, elle, dessinée de façon résolument moderne. Plus de drapé grec ou romain, mais une robe à la mode des années 1890, un de ces « Reformkleider » conçus par les artistes Jugendstil eux-mêmes pour libérer le corps féminin de son corset et le faire respirer. Dans le même esprit de modernité, la typographie adopte pour la première fois les caractères romains de style art nouveau.



Die Kunst für alleDie Kunst für alle Die Kunst für alleDie Kunst für alle

Franz von Stuck a créé, lui, deux couvertures occasionnelles pour des numéros spéciaux consacrés à des expositions artistiques au Glaspalast de Munich. Fondateur de la Sécession munichoise, architecte et décorateur de la Villa Stuck en 1897-98, peintre et professeur renommé (Kandinsky et Klee furent entre autres ses élèves), il offre à la revue une signature prestigieuse. Comme chez les artistes précédents mais dans un graphisme très personnel, c'est la tendance allégorique et symboliste qui prédomine avec des références mythologiques (Phaëton conduisant le char du Soleil) et des motifs analogues (la figure féminine idéalisée, le culte du Soleil, le cheval incarnant l'énergie vitale tendue vers la quête du Beau). La sobriété des caractères romains, la stylisation nettement marquée, contrastent, elles aussi, avec l'historicisme des premières couvertures.



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Les deux dernières couvertures de la revue Die Kunst für alle avant la Première Guerre mondiale valorisent avant tout l'effet géométrique. Celle du numéro de 1902 est l'œuvre de Peter Behrens. Elle consiste en un austère cadre de lignes entrelacées, remarquables pour leur fluidité et leur élan dynamique. Dans le numéro de l'année 1914, l'artiste - non identifié - se réfère, lui, au Jugendstil avec l'arbre stylisé de la vignette centrale et par une composition générale de la page simple et aérée.



Jean-Louis Elloy.

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