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Mai 2013 : La Cité de Dieu de Saint Augustin, un manuscrit prestigieux

La BNU possède parmi ses 700 manuscrits médiévaux une œuvre dont la beauté plastique est exceptionnelle : le manuscrit de la Cité de Dieu, de Saint Augustin, traduite en français par Raoul de Presles. Ce manuscrit occupe deux grands volumes in-folio en parchemin, tous deux très richement enluminés. Cette œuvre exceptionnelle est sans doute le plus beau de nos manuscrits médiévaux. Le décrire en quelques pages tient de la gageure, mais on espère que ce survol permettra d'en suggérer la beauté et motivera l'amateur d'art médiéval à le regarder plus complètement dans la Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux (BVMM), accessible en ligne sur le site http://bvmm.irht.cnrs.fr/ désormais ouvert à tous les internautes, et qui propose une version numérique de l'intégralité de ces deux volumes.

 


frontispice du 11e livre : la construction de Babylonefrontispice du 11e livre : la construction de Babylone

 

Le manuscrit (classé sous les cotes MS.522 et MS.523 de notre collection) contient sous des reliures du 20e siècle (les reliures d'origine n'ont pas été conservées et avaient dès le 19e siècle été remplacées par des plats de cuir sans valeur historique) la traduction en français de l'œuvre majeure de Saint Augustin (né en 354, mort en 430). C'est le roi de France Charles V qui commanda cette traduction du texte latin à son conseiller Raoul de Presles, maître des requêtes à l'Hôtel Saint-Pol à Paris. Celui-ci y travailla entre 1371 et 1375, avant de traduire également pour ce souverain la Bible en français, en 1377. Cette traduction a ensuite été répandue par de nombreuses copies manuscrites, souvent illustrées et enluminées. Notre exemplaire a été copié à Paris vers 1410, puis confié en deux temps à deux ateliers ou en tout cas à deux maîtres enlumineurs successifs. En effet, il y a une grande disparité de style dans le travail de peinture des deux volumes. Le premier semble avoir été enluminé et orné de peintures ou miniatures dans la première moitié du 15e siècle (la date de 1410 est avancée), alors que le second a été muni de ses illustrations au milieu du 15e siècle, vers 1450. Cette quarantaine d'années suffit pour que les styles de peinture soient nettement différents, ce dont on peut facilement se convaincre.

 

Ouverture du premier livre : le traducteur Raoul de Presles offre sa traduction au souverain Charles V. Folio 2Ouverture du premier livre : le traducteur Raoul de Presles offre sa traduction au souverain Charles V. Folio 2

 

Le travail de copie semble avoir été fait dans une certaine continuité, même si ce sont deux manuscrits différents qui lui ont servi de modèle : pour le premier volume, c'est le manuscrit 5060 de la Bibliothèque de l'Arsenal, pour le second volume probablement le manuscrit 9006 de la Bibliothèque royale de Bruxelles. Le possesseur de cette époque s'est ainsi fait confectionner un ensemble complet de cette œuvre en recourant aux possibilités qui s'offraient à lui. Techniquement, les deux manuscrits sont de facture proche : deux grands in-folios à deux colonnes, dont chaque livre s'ouvre par une peinture courant sur toute la largeur de la page, avec les titres des chapitres transcrits en rouge.

 

Style du premier volume : l'auteur entre le Diable et le Bon Dieu. Dernier chapitre du premier volume. Folio 212Style du premier volume : l'auteur entre le Diable et le Bon Dieu. Dernier chapitre du premier volume. Folio 212     Style du second volume : l'auteur inspiré par un ange, et entouré de démons issus des mauvaises lectures. Folio 230. FrontispiceStyle du second volume : l'auteur inspiré par un ange, et entouré de démons issus des mauvaises lectures. Folio 230. Frontispice

 

L'enlumineur, auteur des peintures du second volume, est vraisemblablement Jean le Tavernier, maître enlumineur connu à Tournai dès 1434, qui séjourna et travailla en plusieurs endroits des Flandres, notamment pour le duc de Bourgogne. Son style est proche de celui des plus grands noms de cet art à l'époque (Rogier van der Weyden par exemple). La véritable galerie de peinture médiévale que constitue ce second volume, à laquelle s'ajoute aussi l'ensemble très riche du premier, souvent pourvu de miniatures cloisonnées, multipliant donc les motifs iconographiques, peut être découverte au fil des écrans de la bibliothèque virtuelle citée ci-dessus. On ne peut qu'engager l'amateur à s'y rendre. Le texte en moyen français ne présente pas de difficulté majeure de lecture, et l'omniprésence de lettrines, alternativement bleues et rouges, ou associant ces deux couleurs, rythme agréablement le parcours.

Romulus et Rémus ; folio 180Romulus et Rémus ; folio 180

 

Ces manuscrits sont parvenus à la BNU en 1890. Le précédent propriétaire, du nom de Seymour, les avait acquis lors de la vente publique de la collection de manuscrits de la famille Hamilton, en mai 1889. Ils apparaissent sous le numéro 11 du catalogue de cette collection. Un an plus tard, la bibliothèque put les acquérir à cet acheteur par l'intermédiaire du libraire strasbourgeois Karl Ignaz Trübner pour 15 000 marks, grâce à une subvention exceptionnelle du Reichsland.

une double page et une peinture cloisonnée , folios 4 verso et 5 recto du premier volumune double page et une peinture cloisonnée , folios 4 verso et 5 recto du premier volum

Une description plus complète de ce manuscrit peut être lue dans le catalogue d'exposition Impressions d'Europe, par le spécialiste de la peinture flamande Albert Châtelet.

 

Colophon au feuillet 354 verso du second volume avec mention du traducteur et des dates de la traductionColophon au feuillet 354 verso du second volume avec mention du traducteur et des dates de la traduction

Daniel Bornemann

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