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Décembre 2015 : Un recueil de chants de Noël pour les soldats

Parmi les ouvrages de la collection de guerre de la BNU (Kriegssammlung), les recueils de chants de Noël destinés aux soldats méritent une attention particulière. Les petits livrets Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1914 ou 1915, qui tenaient facilement dans la poche de l’uniforme, comptent 14 chants réunis par le pasteur Johannes Ficker, un par région allemande ou germanophone, dont l’Alsace. Nous présentons l’édition de 1915.

Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : page de titreAlte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : page de titre

La seconde page de titre contraste par sa naïveté insolente avec la réalité de la guerre. Un groupe d'enfants ou de putti tenant du muguet chante le chant de Noël bien connu O du fröhliche, o du selige, dont les premières notes figurent au bas de la page. Les oiseaux s’élevant vers le ciel ou chantant dans les rameaux font écho au médaillon décoré d'oiseaux et de rameaux fleuris de la première page de titre, festonné par une citation du réformateur J. Zwick : « Serait-ce donc aux oiseaux de chanter les louanges de Dieu plutôt qu’aux chrétiens ? ».

Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : seconde page de titreAlte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : seconde page de titre

Suivent les 14 chants protestants ou catholiques représentant chacun une région de l’Empire dans ses limites de 1914 ainsi que l’Autriche et la Bohême, avec de brèves indications parfois laudatives sur l’auteur :

Aus Strassburg im Elsass : « Es kommt ein Schiff geladen »
Aus Königsberg : « Mit Ernst, o Menschenkinder »
Aus Österreich : « Stille Nacht, heilige Nacht ! »
Vom schwäbischen Meer : « Nun singet und seid froh »
Aus dem Moselland : « Es ist ein Ros entsprungen »
Aus dem Rheinland : « Jauchzet, ihr Himmel, frohlocket ihr englischen Chöre »
Aus Holstein : « Brich an du schönes Morgenlicht »
Aus Niedersachsen : « Freut euch, ihr lieben Christen »
Aus dem Herzen Deutschlands : « Gesang des Engels der Verkündigung. Vom Himmel hoch, da komm ich her »
Aus Berlin : « Fröhlich soll mein Herze springen »
Aus Sachsen : « Dies ist der Tag, den Gott gemacht »
Aus Böhmen : « Lobt Gott, ihr Christen allzugleich »
Aus Bayern : « Ihr Kinderlein kommet, o kommet doch all »
Aus Thüringen : « O du fröhliche, o du selige ».

Aus Himmelshöhen : « Ehre sei Gott in der Höhe und Friede auf Erden und den Menschen ein wohlgefallen ». Gesang der Engel bei Jesu Geburt. Lukas 2,14.

Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : sommaireAlte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : sommaire

La série s’ouvre sur les régions périphériques : Alsace – « Es kommt ein Schiff geladen », attribué au prédicateur Jean Tauler –, Prusse orientale avec un chant de Valentin Thilo, Autriche avec le très célèbre « Stille Nacht, heilige Nacht » (« Douce nuit, sainte nuit ») traduit dans toutes les langues. 

Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : « Aus Strassburg im Elsass »Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : « Aus Strassburg im Elsass »

Pour le chant non moins populaire « Vom Himmel hoch, da komm ich her » de Martin Luther, la mention « Aus dem Herzen Deutschlands » (« Depuis le cœur de l’Allemagne »), transcendant la référence régionale, situe clairement le protestantisme luthérien au cœur de l’identité allemande (dans les années 1920, le pasteur sera l’un des principaux protagonistes de la Luther-Renaissance). La série culmine avec le verset de l’annonce aux bergers dans l’Évangile de Luc, ajouté dans l’édition de 1915 et situé symboliquement « du haut des cieux ».

Alte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : dernière pageAlte liebe Lieder für unsere Soldaten zum Weihnachtsfeste des Kriegsjahres 1915 : dernière page

Le chant implique toutes les dimensions – intellectuelle mais surtout corporelle et émotionnelle – de l’être, en particulier pour les cantiques de Noël appris pendant l’enfance. Pratiqué de façon collective, c’est aussi un puissant vecteur d’unité : le rythme peut même synchroniser les troupes de façon analogue à la discipline militaire. Derrière leur apparente candeur, ces recueils destinés à soutenir le moral des troupes sont donc porteurs d’un message politique d’unité nationale.

Imprimé par l’antenne militaire de l'Université impériale de Strasbourg dont Johannes Fricker fut aussi recteur, le tirage de l’édition de 1915 (105.000 exemplaires) atteste une diffusion bien plus large : soldats d’autres universités allemandes, hôpitaux militaires, population civile. Il en existe même une version en braille pour les soldats ayant perdu la vue (M.33.825). 

L’édition de 1915, numérisée par la BNU dans le cadre du programme Europeana 1914-1918, est disponible sur Numistral, Gallica et sur le portail d’Europeana. Celle de 1914, qui ne diffère que par l’absence de certains éléments et la façon de nommer les régions périphériques, le sera prochainement.

 

Madeleine Zeller

Références 
- Beat Föllmi, « Bedeutung und Funktion des Kirchenliedes für die Kriegspredigten », in Matthieu Arnold, Irene Dingel (dir.),  Die Kriegspredigt 1914-1918 / Prêcher durant la Première Guerre mondiale, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht (à paraître en 2016)
- Madeleine Zeller, « La numérisation des sermons de guerre de la BNU. La Kriegssammlung et le programme Europeana 1914-1918 », ibidem
- Johannes Ficker, Zweiter Bericht über die Tätigkeit der Kriegsstelle der Kaiser Wilhelms-Universität Strassburg vom Anfang des Sommerhalbjahrs 1915 bis zum Schluss der Winterhalbjahrs 1915/16, Strasbourg, Heitz, 1916, p. 35-38.
- Traude Maurer, « … und wir gehören auch dazu ». Universität und ‘Volksgemeinschaft’ im Ersten Weltkrieg, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2015
- Numistral (bibliothèque numérique de la BNU)
- Gallica (bibliothèque numérique de la BnF, incluant celle de la BNU)
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