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Février 2015 : Le journal du Club des cri-cris

Cri-cri (journal du Club des cri-cris), revue artistique et littéraire, a été éditée de 1882 à 1886 à Strasbourg, dans les premières années de l’annexion allemande des provinces d’Alsace-Lorraine. Le journal contenait quatre pages. Si, avec de courts textes humoristiques et des caricatures sociales, Cri-cri relevait plus de la revue satirique dans les premières années de son existence, le titre évolua par la suite vers un style éditorial relevant plus de la revue littéraire et artistique. Cri-cri n’est pas la seule revue du genre née en Alsace à l’époque puisqu’un autre journal, Le Mirliton, fut créé la même année et dura jusqu’en 1885.

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Cri-cri doit être remis dans le contexte de l’époque. La seconde moitié du 19e siècle est une époque de foisonnement éditorial où une multitude de titres apparaît dans l’ensemble de l’Europe, du fait de l’apparition conjuguée de la liberté de la presse, de la publicité, des progrès de l’instruction, de l’urbanisation croissante et de différents progrès techniques comme la presse rotative (en 1860), permettant une baisse des coûts de fabrication des journaux.

Les premiers titres satiriques firent leur apparition un peu plus tôt dans le siècle. C’est le cas en France avec entre autres La Silhouette (1829 – 1831), Le Charivari (1832 – 1937), La Caricature (1830 – 1843) ou Le Grelot (1871 – 1903), qui eurent beaucoup de succès et jouèrent un rôle politique non négligeable. L’Allemagne vit ses premiers titres satiriques d’envergure paraître à la même époque. Le titre le plus marquant était Kladderadatsch qui fut diffusé de 1848 à 1944, époque où il se compromit avec le régime nazi. Progressivement, à l’image de son contenu éditorial, Cri-cri délaissa la caricature pour des illustrations plus classiques, suivant en cela d’autres titres français de l’époque (Le Journal illustré, La Presse illustrée, Le Monde illustré). Il n’y a par contre aucune photographie dans la totalité des numéros.

Sur le plan des textes, le contenu de Cri-cri est sans prétention, alternant descriptions de localités de la région, annonces de spectacles, contes ou historiettes. L’iconographie, par contre, est riche et concerne principalement Strasbourg. Elle se révèle intéressante en matière de description de costumes, de portraits et d’événements de la vie militaire et culturelle de l’époque. Le journal aura recours à plusieurs dessinateurs, à commencer par son probable créateur, Gédéon, mais aussi Raphaël, Pistolo, Cosmétique, Gilbaer et bien d’autres, sans qu’il soit possible de savoir qui se cachait derrière ces pseudonymes et autres noms de plume.

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Quasi uniquement en français au départ, le journal laissera progressivement de la place à des textes en allemand, avant que cette langue ne devienne majoritaire au moment de l’arrêt de la publication. 

Au départ bimensuel, le journal sortit une fois par mois à compter du 30 juin 1883. La parution devint encore plus aléatoire à compter de l’année 1885, pour se terminer en 1886 avec le numéro 51, selon l’état de collection possédé par la BNU.

Peut-être du fait de sa brève existence dans le paysage éditorial régional, Cri-cri ne marqua guère les esprits. D’autres titres, dans la même veine, le remplaceront dans le lectorat local : les Images alsaciennes (1893 – 1896), puis la Revue alsacienne illustrée (1898 - 1914). Cette dernière, créée par Charles Spindler et Anselme Laugel, allait même plus loin, puisque son objectif affiché était de faire connaître la culture et les traditions alsaciennes en mettant en valeur leurs racines françaises. C’est d’ailleurs son activité qui entraîna la création du Musée alsacien en 1907.

Mais aucune de ces revues n’aura le même succès que les Dernières Nouvelles d’Alsace qui (dans un autre registre, il est vrai), créées en 1877, constituent le quotidien régional le plus ancien de France.

 

Christophe Cassiau-Haurie

 

En savoir plus : DIDIER Christophe, "Les frères Matthis et la vie littéraire du "Reichsland Elsass-Lothringen"", in Le monde fraternel d'Albert et Adolphe Matthis, Strasbourg, BNU, 2006.

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