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Octobre 2015 : Minotaure, la revue à tête de bête

Fort d’une détermination hors norme, Albert Skira, éditeur autoproclamé, décide, en 1928, de réaliser son premier livre avec Pablo Picasso. Il se rend à Paris pour proposer au maître d’illustrer Les métamorphoses d’Ovide. Picasso tente évidemment de se débarrasser de l’importun, rien n’y fait, la ténacité du jeune Skira est telle qu’il finit par accepter le projet.

Minotaure, la revue à tête de bêteMinotaure, la revue à tête de bête 

Le livre parait en 1931 et est suivi, en 1932, des Poésies de Mallarmé illustrées par Henri Matisse puis deux ans plus tard des Chants de Maldoror de Lautréamont illustrés par Dali. Ces trois ouvrages richement composés, notamment de dizaines d’eaux-fortes confortent Albert Skira dans ses choix : luxe et audace seront dès lors sa marque de fabrique. 

Photographie et planche d’illustration de l’article"Masques Dogons", Minotaure N°2, 1933Photographie et planche d’illustration de l’article"Masques Dogons", Minotaure N°2, 1933

Bien que la situation financière de sa petite maison d’édition soit critique, Skira imagine une revue d’avant-garde d’un genre nouveau. Il convainc à nouveau Pablo Picasso puis Georges Bataille, André Breton et Paul Éluard d’être de l’aventure. La revue s’appellera Minotaure. Selon l’éditeur, c’est Roger Vitrac qui a proposé ce nom « mythologique », Brassaï soutient, lui, que c’est une idée de Georges Bataille et d’André Masson. Cette question de paternité, jamais clairement tranchée, fait aujourd’hui partie de la légende du Minotaure au même titre que la sentence radicale de son comité de rédaction: « Minotaure, la revue à tête de bête, se distingue foncièrement de toute autre publication à tête de membre de l’Institut ou de conservateur de musée ». Il faut dire qu’après la fin du périodique Le surréalisme au service de la révolution, André Breton et Paul Éluard sont assez vite tentés (malgré, il est vrai, une certaine hésitation initiale) par la tribune que leur offre cette nouvelle revue. Albert Skira met cependant deux conditions à la participation des surréalistes : ils ne pourront publier aucun texte politique ni aucun écrit à caractère social et l’usage du mot « révolution » sera prohibé. Malgré les luttes intestines et les conflits qui opposent Breton et Éluard à Bataille et à Tériade au sein même du comité de rédaction, la revue ne sera jamais l’organe, ni officiel, ni officieux, du mouvement surréaliste.  

"Souvenir du Mexique", article d’André Breton, Minotaure N°12-13, 1939"Souvenir du Mexique", article d’André Breton, Minotaure N°12-13, 1939

L’originalité et l’audace de Skira sont d’avoir su s’appuyer sur plusieurs artistes et écrivains encore peu connus  et qui allaient, par la suite, marquer durablement l’histoire de l’art du 20e siècle : Hans Bellmer, Joan Miro, Marcel Duchamp, Salvador Dali, Brassaï, Man Ray. Un fort beau pari sur l’avenir, mais le tirage de Minotaure restera trop confidentiel pour être rentable. Chaque livraison permettra juste d’envisager la suivante. Au final, il n’y eu que 13 numéros (pour 11 livraisons) entre mai 1933 et mai 1939, date à laquelle l’aventure prit fin, alors qu’au départ Skira prévoyait de faire de Minotaure un trimestriel. 

"La peinture surréaliste", article d’Efstratios Tériade, Minotaure N°8, 1936"La peinture surréaliste", article d’Efstratios Tériade, Minotaure N°8, 1936

Chacun des numéros est une œuvre collective riche qui rassemble des artistes et des auteurs dans une « volonté de retrouver, de réunir et de résumer des éléments qui ont constitué l’esprit du mouvement moderne pour en étendre le rayonnement (…) [et] désencombrer le terrain artistique pour redonner à l’art en mouvement son essor universel » (Minotaure N°1, mai 1933).

"Picasso dans son élément", article d’André Breton, Minotaure N°1, 1933"Picasso dans son élément", article d’André Breton, Minotaure N°1, 1933

La BNU possède tous les numéros du Minotaure (cote R.25.168 à R.25.177). Leur acquisition en antiquariat date de 2002. Le fascicule des numéros 3 et 4 (dont la couverture est illustrée par André Derain), est actuellement présenté au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS) dans le cadre de l’exposition Tristan Tzara, l’homme approximatif.

"Physique de la poésie", article de Paul Éluard, Minotaure N°6, 1935"Physique de la poésie", article de Paul Éluard, Minotaure N°6, 1935

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