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Janvier 2015 : Il y a 143 ans, le premier règlement intérieur de la BNU : Bibliotheks-Ordnung du 3 décembre 1872

(Bibliotheks-Ordnung, Strassburg, Universitäts-Buchdruckerei von J.H. Ed..Heitz, 1872, 1 p., 66 cm. M.119.041)

Le 24 novembre 2014, le bâtiment historique de BNU a rouvert ses portes au public après quatre années de travaux menant à une profonde restructuration des espaces intérieurs ainsi qu’à un élargissement des services au public, notamment des horaires d’ouverture. Cette profonde évolution a nécessité la refonte du Règlement des services au public dont une nouvelle mouture a été votée par le Conseil d’administration le 19 septembre 2014.

L’adoption et l’entrée en vigueur de ce document, synthèse des droits et devoirs des usagers de la bibliothèque, invite à porter un regard rétrospectif sur le premier règlement intérieur de la bibliothèque, redécouvert récemment dans le cadre de recherches menées sur l’histoire de la BNU et plus largement des bibliothèques strasbourgeoises depuis le Moyen-Age, dont l’aboutissement a été la publication de l'ouvrage Bibliothèques Strasbourg : origines-XXIe siècle.

Bibliotheks-Ordnung: Photo du règlement de 1872Bibliotheks-Ordnung: Photo du règlement de 1872

Le premier règlement intérieur,  Bibliotheks-Ordnung,  porte la signature, en date du 3 décembre 1872, du directeur et fondateur de la bibliothèque, alors Bibliothèque impériale de l'université et de la région (Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek zu Strassburg, KULBS),  Karl August Barack. Il est contresigné le 12 du même mois par le Président supérieur de la Terre d’Empire (Reichsland) d’Alsace-Lorraine (Ober-Präsident von Elsass-Lothringen), Eduard von Moeller. Celui-ci est alors le représentant direct de l’empereur allemand Guillaume Ier dans la province récemment annexée. Ce texte est en quelque sorte l’aboutissement du processus législatif et règlementaire donnant naissance à la KULBS, au lendemain de la terrible destruction de la Bibliothèque du Temple Neuf durant le siège de Strasbourg en août 1870 et de l’annexion des départements alsaciens et de la Moselle à l’empire wilhelminien : arrêté de fondation du 29 juillet 1871 et ordonnance du 19 juin 1872 (complétée ultérieurement par un arrêté du 29 juillet 1891) conférant à la bibliothèque un statut autonome, la personnalité juridique et la jouissance d’un budget propre indépendant de celui de l’université. Il intervient toutefois plus d’un an après l’inauguration officielle qui a eu lieu le 9 août 1871. La bibliothèque est alors logée, tout comme la nouvelle université, elle aussi impériale – la Kaiser-Wilhelms Universität Strassburg créée par décret du 28 avril 1872 –, au Palais Rohan et compte, au moment de sa fondation, une collection de 120 000 volumes constituée pour partie par le fonds de la bibliothèque de l’ancienne université napoléonienne, l’Académie, qui a échappé aux incendies du siège de de la ville, et pour partie par de nombreux dons en provenance de toute l’Europe, suscités par K. A. Barack. Le bâtiment monumental de l’actuelle place de la République, alors Kaiserplatz,  ne sera érigé qu’en 1895.

La Bibliotheks-Ordnung comporte 19 articles, pour la majorité d’entre eux très brefs, et tient sur une page. Elle s’adresse à un public alors essentiellement universitaire, formé de 47 personnels enseignants (39 professeurs ordinaires et 8 professeurs extraordinaires) et 212 étudiants dans toutes les disciplines que compte l’université (sciences humaines, sciences juridiques et politiques, sciences dures, médecine).

Une rapide comparaison avec le règlement de 2015 permet de mesurer la formidable évolution qu’a connu la BNU en un peu moins de 150 années d’existence, en lien avec son environnement universitaire : en 2015, le Règlement des services au public contient pas moins de 32 articles et 6 annexes sur 35 pages et s’adresse à près de 23 000 inscrits (chiffres 2015) dont plusieurs milliers d'étudiants, d'enseignants-chercheurs et près d'un tiers lecteurs non universitaires susceptibles ensemble d’accéder 80 heures par semaine à  3,7 millions de documents, à une offre en ressources électroniques courantes et patrimoniales forte de 53 000 revues en ligne et 135 000 autres documents.

À ses débuts, en 1872, la bibliothèque est ouverte tous les jours, excepté les dimanches et jours fériés, de 9h à 12h et de 14h à 16h, soit une amplitude hebdomadaire de 30 h. Durant les périodes de vacances universitaires, elle n’est ouverte que de 10h à 12h. Au printemps et à l’automne, en concordance avec le calendrier des vacances universitaires, la bibliothèque est fermée à chaque fois durant 8 jours pour cause d’inventaire (art. 1).

On apprend par l’article second que la bibliothèque peut être visitée. Il suffit de s’adresser à un bibliothécaire qui organisera une visite guidée dans la limite de groupes de 10 personnes.

Disposition immuable dans les bibliothèques d’étude et de recherche : les lecteurs et visiteurs sont tenus d’observer le silence dans la salle de lecture (article 3).

Dès l’origine, la bibliothèque prête ses collections à l’exception des bibliographies et catalogues imprimés des bibliothèques (article 5). Dictionnaires, glossaires, encyclopédies, ouvrages rares ou en plusieurs volumes que l’on désigne aujourd’hui sous le terme d’ « usuels » ne peuvent être empruntés que sur autorisation spéciale du bibliothécaire en chef (Oberbibliothekar) (art. 8). Il en va de même pour les manuscrits et grands ouvrages d’art si toutefois les emprunteurs résident à Strasbourg. Pour un prêt à l’extérieur, il faut l’autorisation suprême, à savoir celle du Président supérieur d’Alsace-Lorraine (art. 9).

Le nombre maximum d’ouvrages empruntables par un même lecteur est de 10, sauf pour le personnel enseignant pour lequel aucune limite ne s’applique (art. 10). Le prêt pour une tierce personne est interdit (art. 11). La durée de prêt est de 4 semaines. Toutefois, si l’ouvrage emprunté n’est pas demandé par un autre lecteur, le prêt peut être prolongé pour des durées consécutives de 14 jours. Concernant la durée de prêt, aucune limite ne s’applique aux enseignants de l’université autre que celle du récolement annuel. Ils peuvent toutefois être tenus de restituer un ouvrage après le délai de 4 semaines à la demande d’un bibliothécaire en chef (art. 12).

Autre disposition spécifique relative au prêt pour le public enseignant universitaire : ce dernier est dispensé de formuler préalablement une demande écrite et peut, s’il le souhaite, accéder directement aux magasins à livres, accompagné d’un personnel de la bibliothèque et aux heures de service (art. 6).

Les restitutions en retard font l’objet de lettres de rappel dont les frais – un demi-franc selon l’article 14 (vraisemblablement un demi-thaler prussien alors en vigueur) – sont imputés aux lecteurs retardataires. En cas de non-restitution dans les jours ouvrables suivant le rappel, d’autres frais de retard sont imputés (art. 14)

Les articles 16, 17 et 18 ont trait à la protection des collections : sont interdits l’usage de stylos à encre et de papiers graissés pour la consultation des documents iconographiques de même que les annotations dans les livres, pour quelque raison que ce soit… y compris pour corriger d’éventuelles coquilles ou erreurs d’impression ! Torsions et pliages des pages sont évidemment proscrits. En cas de perte ou de dégradation d’un document, le lecteur est tenu de le remplacer à ses frais, reliure comprise.

Et l’article 19 de conclure cette historique Bibliotheks-Ordnung par une disposition en tout point semblable à l’article 31 du Règlement de novembre 2015, à savoir la possibilité pour un lecteur contrevenant aux dispositions  précédentes de se voir interdire l’accès à la bibliothèque !

 

Claude Lorentz

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