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Octobre 2016 : Une haggada inachevée

Une haggada est un ensemble de bénédictions, de prières, de commentaires midrashiques, de traditions rabbiniques et de psaumes récités lors de la nuit pascale. Cette fête juive suit un déroulement précis qui commémore la sortie d’Égypte et permet ainsi à chaque foyer de s’identifier à une histoire commune. Le repas rituel y est encadré par des récits (la haggada proprement dite) et des chants.

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

La bibliothèque possède dans son fonds patrimonial deux haggadot manuscrites du 18e siècle. La première est celle du scribe Eliézer Seligmann de Rosheim, écrite et illustrée à Neckarsulm dans le Bade-Wurtemberg. Elle a fait l’objet d’une édition en fac-similé1. La seconde de 1746, fut acquise par la bibliothèque le 17 juillet 1875. 

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

L’origine géographique de production n'est pas mentionnée dans le manuscrit, non plus que le nom du copiste ou celui du destinataire. Sa proximité iconographique avec des imprimés et des manuscrits de la même époque suggère toutefois un ancrage en Europe du Nord, une hypothèse que confirme l'emploi du judéo-allemand conjointement à celui de l'hébreu.

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

Le manuscrit est illustré de scènes bibliques réalisées dans un style populaire et stéréotypé et un certain manque d’habileté qui ne sont pas sans rappeler la célèbre haggada d’Amsterdam éditée en 1695. Pourtant, certaines scènes sont manquantes laissant un vide, ainsi, la scène classique du Temple au milieu de la Jérusalem restaurée, qui demande un travail minutieux et une maîtrise de la perspective, est absente ; de même que celle représentant au premier plan le meurtre par Moïse de l’Égyptien et au second plan les travaux forcés. La destruction par Abraham des idoles avec, en arrière-plan, le culte des anciens Hébreux en Chaldée est, quant à elle, à peine esquissée. Dans le passage de la mer Rouge, les flots engloutissant l’armée de Pharaon sont curieusement absents de l’illustration. (Une observation attentive permet néanmoins d’en apercevoir quelques traits.)

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

Ce caractère inachevé de l’ouvrage, avec ses illustrations manquantes ou à peine esquissées, se retrouve dans les enluminures des lettrines qui par endroits ne font apparaître que leur contour en graphite.

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

La calligraphie est soignée et l'écriture lisible. Ce que cherche avant tout l’auteur est une force évocatrice dans un but pédagogique. Il ne s'interdit d’ailleurs pas quelques libertés, comme dans la scène classique des « quatre fils », où « celui-qui-ne-sait-pas-poser-de-questions » se trouve affublé d'un masque sur l'épaule droite, une originalité par rapport aux représentations imprimées ou manuscrites consultées, de lieu et d'époque comparables.

Une haggada inachevéeUne haggada inachevée

Quant à la dernière image du manuscrit – celle du roi David en prière – elle résume à elle seule la vocation et l'usage familial de cette haggada. La position d'orant du roi David, la harpe à ses pieds, l'expressivité de son visage et la formule inscrite de façon incomplète dans le motif solaire sont en effet suffisamment évocatrices pour les familles qui célèbrent pessah.

 

Julien PINARD

 

Remerciements à Guillaume DÉGÉ, Haute École des Arts du Rhin, Strasbourg.

 

Sources :

Manuscrit hébreu : Rituel de la Pâque - [1746] Papier ; 21 f. Ms 3928

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1.Haggada du scribe Éliézer Seligmann, de Rosheim : écrite et illustrée à Neckarsulm en 1779. Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, manuscrit 5988. Publiée par la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg et par la Badische Landesbibliothek.

Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1998.

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