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In Memoriam Michel Boisset (1933-2013)

« Les moyens s'obtiennent si l'on a des projets cohérents. Or il n'y a pas de projets cohérents en dehors de la coopération. Et il n'y a pas de coopération, si l'on n'a pas de partenaires autonomes » 
(Michel Boisset, « Entretien avec Michel Boisset », B.N.U. Communication : le journal interne de la B.N.U.S., 5, 19/12/1989, p. 1. Cote BNU : M.503.743)

Michel Boisset est décédé en mai 2013. Né en 1933, il a été un conservateur de bibliothèques passionné par l'informatisation et un fervent partisan du travail en réseau ; de 1988 à 1992,  il a été administrateur de la BNU.



A sa sortie de l'Ecole nationale supérieure des bibliothèques (aujourd'hui ENSSIB - École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques) en 1967, il est nommé à la Bibliothèque nationale, au cabinet des manuscrits orientaux : à ce poste,  il met à profit sa connaissance des langues anciennes et de l'arabe, acquise lors de ses études de séminariste et tisse des liens avec des chercheurs.
Mais, rapidement, il oriente son énergie vers la question de l'automatisation (ou informatisation) des bibliothèques. Il est d'abord membre du groupe GIBUS (Groupe Informatiste des Bibliothèques Universitaires et Spécialisées) qui conçoit en 1970 un prototype novateur : traitement en temps réel, recherche et localisation des ouvrages à partir d'une interface publique. En 1971, il devient directeur du Bureau pour l'automatisation des bibliothèques (B.A.B.) nouvellement créé auprès du Directeur des bibliothèques et de la lecture publique. Là, il a à coeur de préparer un plan national pour l'automatisation des bibliothèques et d'aider les initiatives des établissements déjà engagés dans l'automatisation.
En 1975, il part pour Florence et devient directeur-adjoint, puis directeur de la bibliothèque de l'institut universitaire européen de Florence. Il y fait développer un des premiers SIGB, intégrant les différentes fonctions de gestion de la bibliothèque : catalogage, prêt, gestion des acquisitions et des périodiques ; parallèlement, il réfléchit avec ses collègues italiens à la possibilité de travailler en réseau et promeut le projet de système bibliothécaire italien (SBN - Servizio bibliotecario nazionale), validé en 1982 et toujours en activité aujourd'hui. 
Le logiciel de Florence intéresse en France la Direction des bibliothèques, des musées et de l'information scientifique et technique (DBMIST). Elle le juge de conception moderne sur les plans bibliothéconomiques et informatiques ; il est complet, conversationnel, modulaire et évolutif. Sous le nom de logiciel Médicis, la DBMIST en prévoit une implantation pilote en 1982 à la bibliothèque universitaire du campus scientifique d'Orsay puis progressivement dans différentes bibliothèques universitaires (Bibliothèque de Sciences Po, bibliothèque de La Villette). C'est ce qui motive Michel Boisset à revenir en France, à la bibliothèque de Sciences Po dont il devient le Directeur adjoint de 1982 à 1986, au côté de Jean Meyriat. Mais les pouvoirs publics cessent ensuite leur soutien logistique au développement de logiciels de bibliothèques et laissent ce marché aux sociétés privées. La bibliothèque de Sciences Po abandonne le projet de mise en production de Medicis.
Michel Boisset quitte alors la bibliothèque, mais continue à oeuvrer dans l'informatique documentaire en travaillant chez un éditeur de logiciels, la société Geac (aujourd'hui Infor Global Solutions) ; il y est directeur des opérations de 1986 à 1988.

En 1988, il arrive donc à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg avec une solide expérience. La richesse des fonds correspond à ses centres d'intérêt : fonds anciens sur l'Orient (égyptologie, fonds de papyrus, documents cunéiformes) et fonds en sciences religieuses. En terme d'informatisation, la BNU a du retard : seul le catalogage est en partie informatisé : les Alsatiques depuis 1983 sur un système local ; les domaines CADIST (Sciences religieuses et Germanistique) sur Mobicat depuis peu.
L'arrivée de Michel Boisset donne un nouveau souffle à la BNU. En interne, il impulse un management participatif, fonde l'association de gestion des activités culturelles et de loisirs de la BNU (AGLAE), ainsi qu'un journal interne (B.N.U. Communication), commande les premiers Mac-Intosh pour le travail administratif. Pour le public, il créé une salle d'exposition, prévoit la rénovation du hall d'entrée (reportée faute de crédits). En informatique documentaire, il généralise le catalogage sur Mobicat pour tous les domaines, lance une étude de faisabilité de l'informatisation avec possibilité de récupérer des notices depuis un système plus vaste (OCLC, SIBIL ou BN) ; il choisit le réservoir OCLC au début de 1992.
Son arrivée correspond aussi peu ou prou à la circulaire 89-079 du 24 mars 1989 sur la contractualisation universitaire. Pour Strasbourg, cela pose la question du positionnement de la BNU par rapport aux universités, question encore ouverte. Michel Boisset envisage un réseau local de services documentaires avec la BNU et les universités comme partenaires : ce réseau se serait appuyé sur un réseau informatique ; il aurait mis en oeuvre une politique d'acquisition et de conservation coordonnée ainsi qu'un service de prêt entre les unités documentaires. Dans sa réflexion, Michel Boisset s'appuie sur le Rapport sur les missions de la B.N.U.S. rédigé par Cécil Guitart, Michel Melot, Daniel Renoult. Les piliers de la BNU y sont définis : la BNU comme bibliothèque universitaire, bibliothèque patrimoniale, bibliothèque régionale, bibliothèque publique européenne. Il rencontre les différentes autorités universitaires, culturelles, territoriales pour discuter de son projet pour la BNU ; il rencontre le personnel aussi, celui-ci ayant des craintes sur le démantèlement de la bibliothèque. Mais, ce qui importe avant tout à Michel Boisset, c'est la qualité du service rendu au niveau du site :
 « Nous [Universités et BNU] pouvons construire un service documentaire de qualité très supérieur à celui qui est en place actuellement. L'autorité sur les SCD n'est pas essentielle, c'est la possibilité d'améliorer le service qui importe »
 (Michel Boisset, « Entretien avec Michel Boisset », in B.N.U. Communication : le journal interne de la B.N.U.S., 5, 19/12/1989, p. 2.)
En janvier 1992, paraît le décret relatif à l'organisation de la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg et à ses relations avec les SCD des universités de Strasbourg. Michel Boisset ne souhaite pas être reconduit dans ses fonctions. Il obtient une mutation en septembre 1992 pour le poste de directeur du SCD de Paris-Dauphine où il termine sa carrière professionnelle.
Chevalier de l'Ordre du Mérite de la République italienne, il a toujours conservé l'amour de l'Italie.
La BNU peut se flatter d'avoir eu un administrateur d'une telle énergie à un moment clef de son histoire. La plupart des questions discutées pendant cette période restent d'actualité.

Catherine Storne

Publications et bibliographie :
* Roland Beyssac et Michel Boisset, « Une Expérience de bibliothèque automatisée : GIBUS », Bulletin des bibliothèques de France [en ligne], n° 5, 1971 [consulté le 04 février 2014]. Disponible sur le Web. ISSN 1292-8399.
* Michel Boisset, « L'automatisation dans les bibliothèques », Bulletin des bibliothèques de France, n° 7, 1973 [consulté le 4 février 2014]. Disponible sur le Web. ISSN 1292-8399. 
* Michel Boisset, « L'organisation automatisée de la Bibliothèque de l'Institut universitaire européen de Florence », Bulletin des bibliothèques de France, n° 5, 1979 [consulté le 4 février 2014]. Disponible sur le Web. ISSN 1292-8399.  
* Michel Boisset, « L'automatisation à la Bibliothèque de l'Institut universitaire européen dans la perspective du service bibliothécaire national italien », Bulletin des bibliothèques de France, n° 1, 1981 [consulté le 4 février 2014]. Disponible sur le Web. ISSN 1292-8399.
* Tommaso Giordano, « Ricordo di Michel Boisset »,  Biblioteche Oggi, n. 4, mai 2013. [consulté le 04 février 2014]. Disponible sur le web.
* « Note sur les actions de la Direction des bibliothèques, des musées et de l'information scientifique et technique en matière d'informatisation des bibliothèques universitaires », Bulletin des bibliothèques de France, n° 6, 1982 [consulté le 4 février 2014]. Disponible sur le Web. ISSN 1292-8399.
* Sandrine Berthier, « Le SIGB : pilier ou élément désormais mineur de l’informatique documentaire ? », mémoire d'ENSSIB, janvier 2012 [consulté le 4 février 2014]. Disponible sur le Web.
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