L’Alsace meurtrie, de Gustave Doré

Conférence/débat / Art
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Conférence de Nicolas Chabrol, Docteur en Histoire de l’Art, Responsable des collections patrimoniales à la Collectivité européenne d’Alsace.

Le tableau « L’Alsace » de Gustave Doré au Salon de 1872

En mai 1872, à Paris, s’ouvre le Salon, première manifestation artistique depuis la fin de la guerre qui a vu la défaite de la France, l’avènement de l’Allemagne et l’abandon au vainqueur des provinces de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. A ce Salon, Gustave Doré présente « L’Alsace », un grand tableau montrant une veuve alsacienne drapée dans le drapeau français. Pour Gustave Doré, alors au sommet de sa gloire, cette œuvre constitue un tournant. Il est loin, le jeune Gustave et ses jeux au pied de la cathédrale de Strasbourg, son installation à Paris à 15 ans, avec, déjà, un contrat de caricaturiste en poche. Il a eu tout très vite, des multitudes de commandes, l’argent, le succès auprès des femmes et la reconnaissance du public. Sa prodigieuse capacité de travail fascine ou exaspère et sa personnalité fantasque et extravertie lui ouvre toutes les portes.

Puis vient la Guerre de 1870-71. Gustave Doré quitte son hôtel particulier parisien où il vit avec sa mère pour s’enrôler parmi les soldats chargés de la défense de Paris. Là, il connaît la peur, le froid, la faim, l’amertume de la défaite, il assiste même à Versailles aux derniers soubresauts de la Commune. Lorsqu’il reprend ses pinceaux Gustave Doré est un autre homme. Son talent, il ne le met plus au service des grands écrivains, des œuvres littéraires de référence, mais il s’en sert pour exprimer ses propres sentiments, pour témoigner du profond désarroi des Alsaciens et des Lorrains qui perdent leur identité et parfois, leur terre.  Au Salon, « L’Alsace » suscite la gêne, le public « de l’intérieur » veut tourner la page. A défaut de pouvoir critiquer son sujet, les journalistes s’en prennent à l’artiste, sa technique, son sens de la composition. Rien n’est épargné à celui à celui que l’on considère communément comme un caricaturiste, au mieux comme un illustrateur mais certainement pas comme un peintre, qui plus est, un peintre d’Histoire. Dès la fin du Salon, très affecté par l’accueil réservé à son tableau, l’artiste envoie sa toile en Angleterre où elle va connaître un destin tout particulier.

Mer. 15.11 | 18h30 | Conférence | Auditorium | Gratuit | Sur réservation

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