Les photographies ne sont plus des récits, mais bien des faits doués d’une brutalité concluante
Le 19e siècle voit apparaître un nouveau médium, la photographie, qui interroge et bouleverse les pratiques artistiques et scientifiques, notamment l’archéologie qui étend son champ d’étude au Proche-Orient.
Parmi les pionniers de la photographie appliquée à la démonstration archéologique, figure un Alsacien : Auguste Salzmann (1824-1872). Natif de Ribeauvillé, issu d’une famille protestante prospère, Salzmann présente le profil caractéristique de l’aventurier de son siècle, tout à la fois voyageur, écrivain, peintre, photographe, archéologue et collectionneur.
Un premier voyage hors d’Europe l’amène en Algérie, en 1847-1848, avec son ami le peintre Eugène Fromentin. En 1851, il est missionné par la ville de Colmar pour acquérir des antiquités en Égypte pour le futur musée Unterlinden. En décembre 1853, il s’embarque pour Jérusalem avec pour objectif de démontrer, par la photographie, la véracité des théories de son ami Félicien Caignard de Saulcy (dit aussi Félicien de Saulcy ou Félix de Saulcy) alors vivement combattues au sein de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. De Saulcy prétend qu’il subsiste dans la Ville Sainte des traces archéologiques et architecturales non seulement des périodes gréco-latine, chrétienne et islamiques, mais également de la période antérieure judaïque.
De cette campagne de prises de vues qui s’étend jusqu’en en juin 1854, Salzmann rapporte près de 200 calotypes représentant les principaux monuments de Jérusalem, réalisés comme autant éléments de preuves venant à l’appui des thèses de de Saulcy, ainsi qu’il l’écrit lui-même dans la préface des éditions qui en résultent : « Les photographies ne sont plus des récits, mais bien des faits doués d’une brutalité concluante ».
La diffusion de ces clichés prend plusieurs formes. Une première édition paraît en 1854, à compte d’auteur avec un tirage très limité et une diffusion confidentielle, au format in folio en 3 volumes, comportant 173 planches et 2 panoramas de 4 photographies chacun, réalisée par l’imprimerie photographique Blanquart-Évrard de Lille. Une seconde édition, en 1856, commerciale cette fois, est éditée chez Gide et Baudry à Paris avec des tirages photographiques toujours produits par les ateliers Blanquart-Évrard. Cette édition comprend un texte de Salzmann pouvant être vendu séparément et deux éditions de planches : une grande édition in folio de 195 planches et une petite édition au format petit in folio de 40 planches avec des tirages en réduction. […]
C’est cette petite édition, comprenant le volume de texte, très rare aujourd’hui, que la Bnu a acquise en 2021 avec le soutien de la Région Grand Est.
Accéder à la version complète de l’article de Claude Lorentz depuis le carnet de recherche de la Bnu et en savoir sur le parcours #10AnsDeTrésors > voir les liens ci-dessous.