Les fonds anglophones anciens de la Bnu, par Anne Bandry-Scubbi

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Éclairer les circuits et les acteurs par lesquels dons et achats arrivèrent à Strasbourg.
Cette contribution s’inscrit dans un projet de mise en valeur des collections anciennes d’études anglophones de la Bnu, « Exploration d’un patrimoine interculturel universitaire : les fonds anciens sur le monde anglophone de la Bnu ». 

Portrait gravé de Nikolaus Trübner. Paru dans Ueber Land und Meer : Allgemeine Illustrirte Zeitung, n°33. Vers 1870. AL.51, 63-3

Éclairer les circuits et les acteurs par lesquels dons et achats arrivèrent à Strasbourg

Si l’histoire de la constitution des collections de la Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek (KULB) de 1870 à 1918 est bien établie, la partie qui concerne les documents ayant trait au monde anglophone ou en émanant l’est peu. Le projet en cours a donc pour objectif d’éclairer les circuits et les acteurs par lesquels dons et achats arrivèrent à Strasbourg, et bien sûr les fonds eux-mêmes.

Les traces qui restent d’avant 1870 font état de 17 ouvrages en études anglophones, listés dans le catalogue de la bibliothèque de la Faculté des Lettres, dont seulement deux en anglais acquis en 1869, éditions savantes de Macbeth et de History of Herodotus. L’occupant de la chaire de littérature étrangère, Frédéric Guillaume Bergmann, nommé en 1838, introduisit Shakespeare dans ses cours à partir de 1845. Dans la nouvelle dynamique universitaire de la Kaiser-Wilhelms-Universität (KWU) l’intérêt pour l’anglais fut marqué par l’ouverture à Strasbourg en 1872 de la première chaire d’études anglaises en Europe, occupée par Bernhard ten Brink, spécialiste reconnu de Chaucer. Le rapport Fabian indique l’acquisition de 27.535 titres en anglais entre 1871 et 1918, soit 4% de l’ensemble, après les ouvrages en allemand (50%), en français (21%) et en latin (18%).

L’appel aux dons lancé par Karl August Barack dès octobre 1870 connut un fort écho en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il parut dans le Daily News et le Daily Telegraph, mais fut aussi relayé de manière efficace par un libraire allemand arrivé à Londres en 1843 en tant que correspondant étranger chez Longman puis à son compte en 1851, Nikolaus Trübner.
Il installa son neveu Karl Ignaz Trübner comme agent à Strasbourg en 1872, qui devint un libraire et éditeur majeur, porté par la politique d’acquisition de la KULB naissante. Les premiers achats en provenance de Londres arrivent par l’un ou l’autre Trübner, comme le montre l’inventaire : des périodiques par Trübner & C°, puis des ouvrages par Karl J. Trübner firma, dont la 6e édition de The Origin of Species (achat 301, 11 octobre 1872) parue le 19 février 1872. Les deux noms alternent au fil des pages de l’inventaire.

A Londres, Nikolaus Trübner avait devancé l’appel de Barack, comme en témoigne le courrier que ce dernier lui adressa le 21 novembre 1870 où il l’en remerciait et sollicitait ses bons offices en tant que coordinateur des dons en provenance de Grande-Bretagne6. Le catalogue mensuel Trübner’s American and Oriental Literary Record (dont la BNU possède la collection complète)7 publia l’appel en anglais à plusieurs reprises, mentionnant les donateurs. Non sans ironie, l’éditorial de septembre 1870 raillait les craintes de l’Institut de France quant au risque de destruction des « monuments nationaux, bibliothèques et musées » parisiens, infondé puisque les armées allemandes « regorgeaient de chercheurs, savants et étudiants » dont l’un au moins fut capable d’un récit de la bataille de Sedan en sanskrit. Lors de la publication de l’Appeal le 25 novembre 1870 cependant, l’invitation vibrante à permettre à Strasbourg de renouer avec son passé germanique fut tempérée par « il ne s’agit pas de sympathie politique mais simplement de donner à l’une des plus anciennes villes universitaires d’Europe une nouvelle bibliothèque ».

Dépouiller ces éditoriaux apporterait un éclairage particulier sur les liens culturels entre l’Angleterre et l’Allemagne […]

L’article d’Anne Bandry-Scubbi, professeure émérite de littérature britannique et rédactrice en chef de XVII-XVIII, est accessible dans sa version complète depuis le carnet de recherche de la Bnu. Voir ci-dessous >