LES MANUSCRITS ORIENTAUX

Littérature/linguistique / Collections patrimoniales
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Collection d’une grande diversité, les manuscrits arabes, persans, turcs, hébraïques proposent une vision globale et linguistique du monde sémitique. Faisant fi des époques historiques, des différences religieuses, linguistiques et civilisationnelles ces manuscrits s’inscrivent dans une thématique élargie au Moyen et Proche Orient.

 

Les collections patrimoniales de la Bnu comptent parmi leurs trésors d’importantes séries de manuscrits de langue arabe et de langue persane, respectivement riches de 211 et 37 volumes.

Élargir cet ensemble et y ajouter les 21 manuscrits de langue turque, ceux de langues et d’écritures mandéennes, syriaques, samaritaines, ou encore pehlevi (en tout 34 autres unités) permet d’avoir une vue d’ensemble des langues sémitiques et des cultures de l’Orient proche et moyen. La collection de manuscrits en hébreu (188 ensembles comprenant de très nombreux documents fragmentaires orientaux) ou en araméen appartient également à ce complexe de civilisations. Il y a une continuité entre ces divers fonds orientaux dans cet ensemble, qui s’élargit même jusqu’aux manuscrits sanskrits de l’Inde et du Pakistan d’une part et aux documents puniques d’Afrique du Nord ou à l’écriture guèze d’autre part.

L’origine des collections orientales se trouve dans les enseignements de l’université recréée après 1870 par l’Empire allemand. D’éminents professeurs (Theodor Nöldeke, Israël Friedländer, Samuel Landauer) y ont enseigné les langues orientales et ont suscité des achats de documents manuscrits rares voire uniques. Ils ont aussi aidé ou même réalisé le catalogage de ces fonds difficiles pour pouvoir les exploiter dans leurs recherches. Julius Euting, bibliothécaire puis directeur de la KULB, avait pour spécialité scientifique les langues proto-sémitiques. Comme il fut aussi un véritable explorateur de l’Arabie et du monde oriental, et il a œuvré de bien des manières pour rassembler à Strasbourg des documents de types très variés, tant pour enrichir la bibliothèque et l’université que pour se créer sa propre collection, léguée ensuite à la Bnu. Il a ainsi rassemblé un grand nombre d’écrits comme des papyrus ou ostraca, des fragments d’os d’animaux porteurs d’écritures, de fragments épigraphiques sur pierre, d’objets très divers, d’estampilles de verre, ou encore de monnaies ou de sceaux. 

Le choix de certains manuscrits arabes et persans remarquables, donné ci-dessous, ne doit pas faire oublier qu’il s’agit non pas d’une (ou de plusieurs) collection de codices juxtaposées, mais d’une documentation beaucoup plus large et inclusive, destinée à permettre des études et des découvertes originales et nouvelles sur les langues, civilisations, sociétés, cultures matérielles et intellectuelles du Proche et du Moyen Orient.

Parmi les manuscrits arabes

Citons tout d’abord le Livre de la Configuration de la Terre, (Kitab al-Ard) traduction et adaptation par le célèbre savant Al-Khwarizmi (IXe siècle) de la Géographie de Claude Ptolémée (90 – 168). Cet exemplaire a la particularité de contenir 4 cartes géographiques réputées être les plus anciennes de tout le monde arabe. Ce manuscrit en écriture naskhi date de H. 428. On peut admirer la très belle représentation cartographique du cours du Nil, de ses sources jusqu’à son delta, également en ligne sur Numistral, la bibliothèque numérique du site universitaire alsacien.

Une Muhaqqa rassemblant environ 90 œuvres de calligraphie arabe (versets du Coran) mais aussi d’enluminure persane de grande beauté, a été constituée par un collectionneur probablement ottoman vers le 17e s. Pour certaines, ces pièces sont de véritables œuvres d’art. On peut la découvrir en entier sur Numistral.

Nous pourrions encore citer un manuscrit complet des Mille et Une Nuits, datant de 1831, mais qui occupe une place importante dans l’histoire critique de ce cycle légendaire. Ou encore le recueil en arabe d’homélies et de légendes chrétiennes, qui appartînt à un moine du mont Sinaï, et qui est notre plus ancien codex, terminé à la mi-carême de l’an 950 de notre ère. À découvrir sur Numistral. 

Évoquons encore Charles Huber, un Alsacien qui explora également les déserts d’Arabie, et qui y trouva une mort violente en 1884, à Rabigh, près de Djedda. Il rapporta à Strasbourg plusieurs manuscrits dont des Poésies des arabes du désert, texte d’une très grande importance et d’une extrême rareté. À découvrir sur Numistral.

Catalogues des collections :

  • Katalog der hebräischen, arabischen, Persischen und Turkischen Handschriften der kaiserlichen Universitäts- und Landesbibliothek zu Strassburg / Samuel Landauer, 1831

  • Catalogue des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Départements, volume 47 : Bas-Rhin / Ernest Wickersheimer, 1923

  • Catalogue critique des manuscrits persans de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg / Ascar Hoghoughi, 1964
     

Communication des documents

Entre 1970 et 1990, de nombreux manuscrits arabes, persans et hébreux de la bibliothèque ont été microfilmés afin de protéger les originaux. Des universitaires du monde oriental ont pu ainsi obtenir les copies de certains codex. Les données catalographiques ont été reprises sur les actuels catalogues en ligne des manuscrits de la bibliothèque (calames.abes.fr et biblio.bnu.fr). Une politique de numérisation progressive de ces fonds permet d’offrir un grand nombre de ces manuscrits sur la bibliothèque numérique du site universitaire alsacien : Numistral

Les autres types de documents : papyrus, ostraca, monnaies, estampilles de verre, fragments épigraphiques, ne sont accessibles que sur rendez-vous avec un conservateur. Ils sont pour la plupart inédits et forment un terrain d’exploration remarquable pour la recherche spécialisée.